Sous-sections

2.2 Une seconde approche en dynamique

Considérons maintenant le problème de la vibration libre de la poutre encastrée précédente (figure 3.3 ). L'équation d'équilibre s'écrit:


\begin{displaymath}
\rho S\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}-\frac{\partial}{\partial x}\left(ES\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\right)=0
\end{displaymath} (2.8)

à laquelle on ajoute les conditions aux limites:


\begin{displaymath}
u_{1}(0,t)=0,   ES\frac{\partial u_{1}}{\partial x}(l,t)=0
\end{displaymath} (2.9)

et les conditions initiales (déformée $u_{0}$ à $t=0$ et vitesse initiale nulle):


\begin{displaymath}
u_{1}(x,0)=u_{0}(x),  \frac{\partial u_{1}}{\partial t}=0
\end{displaymath} (2.10)

La formulation faible s'obtient comme précédemment, en multipliant l'équation par un déplacement virtuel licite $\delta u_{1}$ (à un instant t fixé) et en intégrant sur tout le solide:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{l}\rho S\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}\d...
...left(ES\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\right)\delta u_{1}dx=0\end{displaymath}

Après intégration par partie du second terme, il vient:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{l}\rho S\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}\d...
...[ES\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\delta u_{1}\right]_{0}^{l}\end{displaymath}

En utilisant les conditions aux limites (3.9), la variation $\delta u_{1}$doit s'annuler en $x=0$: $\delta u_{1}(0)=0$ .


\begin{displaymath}
\int_{0}^{l}\rho S\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}\d...
... u_{1}}{\partial x}\frac{\partial\delta u_{1}}{\partial x}dx=0
\end{displaymath} (2.11)

Cette formulation faible s'écrit:


\begin{displaymath}
\left\{ \begin{array}{l}
\mbox{Trouvez  }u_{1}(x,t) \mbox{...
...ta u_{1} \mbox{  t.q.  }\delta u_{1}(0)=0\end{array}\right.
\end{displaymath} (2.12)

Dans cette formulation faible, on a considéré une variation $\delta u_{1}(x)$ à un instant t donné. Cette équation traduit l'égalité à chaque instant t du travail des forces d'accélération et des forces élastiques.

Pour écrire la formulation variationnelle, on considéré ce qu'il se passe entre 2 instants: l'instant initial $t=0$ et un instant $t=\tau$. Les 2 positions d'équilibres associées sont notées $u_{1}(x,t=0)$ et $u_{1}(x,t=\tau)$, et on recherche quelles sont les différentes solutions possibles $u(x,t)$ entre ces 2 instants. Les différentes trajectoires (solutions) licites considérées $u(x,t)$coıncident avec les 2 états d'équilibres à $t=0$ et à $t=\tau$:


\begin{displaymath}
u(x,0)=u_{1}(x,0)  \mbox{  et  }   u(x,\tau)=u_{1}(x,\tau)\end{displaymath}

et vérifient les liaisons $u(0,t)=0$

La variation entre la solution d'équilibre et une de ces trajectoires : $\delta u_{1}=u_{1}(x,t)-u(x,t)$, vérifie donc:


\begin{displaymath}
\delta u_{1}(x,0)=0,  \delta u_{1}(x,\tau)=0
\end{displaymath} (2.13)

et la condition de liaison $\delta u(0,t)=0$.

Pour obtenir la formulation variationnelle, on intègre en temps l'équation (3.11) entre l'instant initial et l'instant $\tau$:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{\tau}\left(\int_{0}^{l}\rho S\frac{\partial^{2}u_{...
...partial x}\frac{\partial\delta u_{1}}{\partial x}dx\right)dt=0
\end{displaymath} (2.14)

En intégrant par partie la dérivée seconde en temps, il vient:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{\tau}\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}\delt...
...\frac{\partial u_{1}}{\partial t}\delta u_{1}\right]_{0}^{\tau}\end{displaymath}

Les conditions imposées sur la variation (3.13) impliquent la nullité du terme de bord, et l'équation (3.14) devient:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{\tau}\delta\left(\frac{1}{2}\int_{0}^{l}\rho S\lef...
...\left(\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\right)^{2}dx\right)dt=0\end{displaymath}

En notant


\begin{displaymath}
\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})=\underbrace{\frac{1}{2}\int_{...
...{1}}{\partial x}\right)^{2}dx}_{U=\mbox{énergie  potentielle}}\end{displaymath}

on obtiens:


\begin{displaymath}
\delta\int_{0}^{\tau}\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})  dt=0\end{displaymath}

Cette relation implique que la solution $u_{1}$ doit être telle que $\mathcal{A}=\int_{0}^{\tau}\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})  dt$ soit extremum. En terme mécanique, cette intégrale représente une action, et la fonctionnelle $\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})$ le Lagrangien du système. En effet la fonctionnelle $\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})=T-U$ est la différence entre l'énergie cinétique $T$ du solide et son énergie potentielle élastique $U$. Elle représente le Lagrangien du système, et l'équation précédente est la traduction du principe de moindre action en mécanique:

“la solution d'équilibre du système $u_{1}(x,t)$ est telle que l'action $\mathcal{A}=\int_{0}^{\tau}\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})  dt$ soit minimum ”.

L'action $\mathcal{A}$ est une fonctionnelle (i.e. est fonction d'une fonction $u_{1}(x,t)$). La condition de minimisation de $\mathcal{A}$ est donc que sa “dérivée par rapport” à $u_{1}$ s'annule (généralisation de la condition d'extremum d'une fonction). La définition de la dérivée fonctionnelle de $\mathcal{A}$ est une généralisation de la dérivée d'une fonction par rapport à une variable, et est fonction de la variation (direction de dérivation) $\delta u_{1}$.


\begin{displaymath}
<\frac{d\mathcal{A}}{du_{1}},\delta u_{1}>=\lim_{\lambda\rig...
...hcal{A}(u_{1}+\lambda\delta u_{1})-\mathcal{A}(u_{1})}{\lambda}\end{displaymath}

En utilisant cette définition, et en utilisant un calcul classique de variations, la condition de minimisation de l'action conduit aux équations de Lagrange (pour un milieu continu2.2):


\begin{displaymath}
<\frac{d}{dt}\left(\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial\dot{u...
...„ \delta u_{1}>=0   \forall\delta u_{1} \mbox{  licite}
\end{displaymath} (2.15)

qui correspondent à la formulation faible (3.15), ou principe des travaux virtuels.

A partir de ce formalisme Lagrangien, on peut retrouver les propriétés du système. On définit la quantité $\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})$ par


\begin{displaymath}
\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})=\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial\dot{u}_{1}}\dot{u}_{1}-\mathcal{L}\end{displaymath}

Cette quantité reste constante au cours du temps


\begin{displaymath}
\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})=cste\end{displaymath}

puisque par définition de $\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})$

\begin{eqnarray*}
\frac{d}{dt}\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1}) & = & \frac{\partia...
...ight)-\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial u_{1}}\„ \dot{u}_{1}>\end{eqnarray*}


Cette dernière expression est nulle, puisque $\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})$ vérifie les équations de Lagrange (3.15). Cette quantité $\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})=2T-\mathcal{L}=T+U$ est en faite l'énergie totale du système:


\begin{displaymath}
\mathcal{E}(u_{1},\dot{u}_{1})=\underbrace{\frac{1}{2}\int_{...
...{1}}{\partial x}\right)^{2}dx}_{U=\mbox{énergie  potentielle}}\end{displaymath}

qui se conserve au cours du temps. Pour ce système conservatif, on retrouve donc le principe de conservation de l'énergie.

La formulation variationnelle de notre problème s'écrit:


\begin{displaymath}
\left\{ \begin{array}{l}
\mbox{Trouver  }u_{1}(x,t) \mbox{...
...{0}^{\tau}\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})  dt\end{array}\right.\end{displaymath}

La condition de minimisation de l'action conduit aux équations de Lagrange:


\begin{displaymath}
<\frac{d}{dt}\left(\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial\dot{u...
...-\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial u_{1}}\„ \delta u_{1}>=0\end{displaymath}

qui correspondent la formulation faible (3.15), ou principe des travaux virtuels


\begin{displaymath}
\left\{ \begin{array}{l}
\mbox{Trouver  }u_{1}(x,t) \mbox{...
..._{1}>=0  \forall\delta u_{1} \mbox{licite}\end{array}\right.\end{displaymath}

2.2.1 Élasticité linéaire

Pour un problème dynamique en élasticité linéaire, utilisant une formulation en déplacement $\overrightarrow{\mathbf{U}}$, le Lagrangien s'écrit sous la forme:


\begin{displaymath}
\mathcal{L}(\overrightarrow{\mathbf{U}},\overrightarrow{\dot...
...o \overrightarrow{F}.\overrightarrow{\mathbf{U}}  ds}_{W_{2}}\end{displaymath}

et comprend l'énergie cinétique $T$, l'énergie potentielle élastique $U$ (qui est le produit tensoriel du tenseur des contraintes et du tenseur des déformations), le travail des forces volumiques externes $\overrightarrow{f}$ et le travail des forces surfaciques externes2.3 $\overrightarrow{F}$. En utilisant la loi de comportement élastique, et la définition du tenseur des déformations:


\begin{displaymath}
\overrightarrow{\sigma}=\mathbf{D} \overrightarrow{\varepsi...
...row{\mathbf{gra}}\mathbf{d}^{t} \overrightarrow{\mathbf{U}} )\end{displaymath}

l'énergie élastique s'écrit en fonction du déplacement sous la forme:


\begin{displaymath}
U=\frac{1}{2}\int_{\Omega}\left(\frac{1}{2}(\overrightarrow{...
...gra}}\mathbf{d}^{t} \overrightarrow{\mathbf{U}} )\right)  dv\end{displaymath}

Les équation de Lagrange s'écrivent alors:


\begin{displaymath}
<\frac{d}{dt}\left(\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial\dot{u...
...\partial u_{i}}\„ \delta u_{i}>=0   \mbox{  pour  }i=1,3\end{displaymath}

2.2.2 Problème statique

Dans le cas d'un problème statique: $\dot{u}_{1}=\frac{\partial u_{1}}{\partial t}=0$, le Lagrangien ne dépendant que de $u_{1}(x)$, et s'écrit ( en tenant compte du terme de force extérieure $F$):


\begin{displaymath}
\mathcal{L}(u_{1})=\underbrace{Fu_{1}(l)}_{\mbox{travail  d...
...l u_{1}}{\partial x}\right)^{2}dx}_{\mbox{énergie  élastique}}\end{displaymath}

Il correspond donc à l'opposée de la fonctionnelle $J$ (3.6) : $\mathcal{L}(u_{1})=-J(u_{1})$. La formulation faible (3.5) correspond donc bien aux équations de Lagrange à l'équilibre statique:


\begin{displaymath}
<\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial u_{1}}\„ \delta u_{1}>=0  \forall\delta u_{1}\end{displaymath}

2.2.3 Système dynamique amorti

Dans le cas d'un système mécanique amorti, on introduit une force supplémentaire d'amortissement $F_{a}$, en générale dépendant de la vitesse $\dot{u}_{1}$. Cette force n'est pas conservative, et on ne peut plus définir de Lagrangien $\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})$ pour le système complet et écrire les équations de Lagrange (3.15).

En revenant au principe des travaux virtuels, on calcul le travail “virtuel” de la force d'amortissement:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{l}F_{a}(\dot{u}_{1}).\delta u_{1}dx\end{displaymath}

et en utilisant le Lagrangien précédent pour la partie conservative


\begin{displaymath}
\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})=\frac{1}{2}\int_{0}^{l}\rho S...
...t_{0}^{l}ES\left(\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\right)^{2}dx\end{displaymath}

on obtiens les équations de Lagrange généralisées, ou principe des travaux virtuels


\begin{displaymath}
<\frac{d}{dt}\left(\frac{\partial\mathcal{L}}{\partial\dot{u...
...{u}_{1}).\delta u_{1}dx=0  \forall\delta u_{1} \mbox{licite}\end{displaymath}

Dans ce cas, on ne peut plus appliquer de principe de moindre action ou formulation variationnelle. On dispose uniquement de la formulation faible, ou principe des travaux virtuels.

2.2.3.1 Exercice 1:

Écrire la formulation faible dans le cas de vibrations forcées induites par une force dépendant du temps $F(t)$ appliquée en $x=l$ .

On pourra montrer que dans ce cas le Lagrangien s'écrit:


\begin{displaymath}
\mathcal{L}(u_{1},\dot{u}_{1})=\frac{1}{2}\int_{0}^{l}\rho S...
...S\left(\frac{\partial u_{1}}{\partial x}\right)^{2}dx+Fu_{1}(l)\end{displaymath}

2.2.3.2 Exercice 2:

Écrire la formulation faible dans le cas où le système précédent est amorti, avec un amortissement intrinsèque proportionnel à la masse. Dans une section d'épaisseur $dx$ la force d'amortissement s'écrit:


\begin{displaymath}
-\frac{\rho Sdx}{\tau} \frac{\partial u_{1}}{\partial t}\end{displaymath}

Montrez que les équations de Lagrange s'écrivent:


\begin{displaymath}
\int_{0}^{l}\rho S\frac{\partial^{2}u_{1}}{\partial t^{2}}\d...
...delta u_{1}dx=Fu_{1}(l)   \forall\delta u_{1} \mbox{licite}\end{displaymath}


Pr. Marc BUFFAT
marc.buffat@univ-lyon1.fr
2007-03-12