Sillage d’un navire

Étudiées depuis la fin du XIXe siècle par William Froude et William Thomson (lord Kelvin), les ondes de surface de l’eau sont à l’origine des sillages issus du déplacement des bateaux, qui provoquent une résistance de vague à l’avancement.
Nous étudierons ici la forme en V de ce sillage, en utilisant la théorie de Kelvin datant de la fin du XIXe, en s’inspirant des articles de Marc Rabaud[1],[3] et de Wikipédia[2].
Hypothèses¶
On considère un navire se déplaçant en ligne droite (suivant x) à une vitesse constante, sur une étendue d’eau initialement immobile et très profonde. On note L la longueur du bateau, qui est la principale caractéristique géométrique du problème. Les ondes de surface dépendent donc du nombre de Froude défini par:
On se place dans le cas linéaire de petites perturbations en eau profonde. Une onde circulaire de vecteur d’onde (de nombre d’onde k ):
et de pulsation , décrivant la perturbation de la surface libre s’écrit:
La vitesse de phase est égale à la célérité des ondes en eau profonde. Cette célérité dépend du nombre d’onde k et est donnée par (voir cours):
Cette onde est dispersive avec une vitesse de groupe (célérité d’un paquet d’ondes) donnée par
Expérimentalement, on constate que vu du bateau, le sillage est stationnaire, i.e. fixe par rapport au bateau et à la forme caractéristique de la figure ci-dessous.

Les hypothèses du modèle sont donc
analyse linéaire (petites perturbations)
ondes de surface dispersives en eau profonde:
sillage fixe (stationnaire) par rapport au bateau
Sillage de Kelvin¶
On veut déterminer quelles sont les ondes de surface émises par le déplacement du bateau qui contribuent à la formation du sillage.
Pour cela on étudie le sillage du navire à l’instant et à la position .
Ce sillage est constitué d’ondes émises par le navire à des instants
précédents. Soit la position du navire à un instant , t.q.
.

Figure 2:schéma de propagation d’ondes issues de dans le sillage d’un bateau en
A cet instant le navire a émis en une onde circulaire de vecteur d’onde et de pulsation . A l’instant étudié , cette onde s’est propagée jusqu’à un cercle de centre et de rayon . Dans le référentiel fixe, la phase de cette onde qui s’est propagée jusqu’en , s’écrit sous la forme:
En écrivant la position par rapport au navire en et en notant
on en déduit la phase vue du navire:
Vue du navire, le sillage est fixe. Cette phase doit donc être indépendante de pour que l’onde, ne dépendant que de , soit fixe par rapport au bateau, d’où:
ce qui impose:
et qui sélectionne une seule direction d’onde d’angle pour chaque nombre d’onde et pulsation . Sur la figure, cela correspond au point tq soit perpendiculaire à . En notant les coordonnées de P par rapport au milieu de , on montre facilement que la condition d’orthogonalité impose que où est la motié de la distance , donc est sur le cercle de diamètre . est donc à l’intersection du cercle de centre et de rayon et du cercle de diamètre centré en milieu de et .
Si on fait varier la vitesse de phase en faisant varier k et (tout en vérifiant l’équation (4)), on considère alors une onde circulaire de vitesse émise en à et qui à se trouve sur un cercle de rayon . La seule direction de cette onde qui participe au sillage correspond à la direction t.q. et le point correspondant se trouve aussi sur le cercle .
Réciproquement, pour tout point du cercle , on peut trouver une vitesse de phase et une onde associée (caractérisée par , et ) issue de qui participe au sillage du bateau.
Cependant le raisonnement doit être adapté au fait que la vitesse de phase des ondes, i.e. la vitesse à laquelle avance la crête des ondes, est différente de la vitesse de groupe , i.e. la vitesse à laquelle l’énergie de ces ondes est transportée et c’est cette vitesse de groupe qu’il faut prendre en compte pour la caractérisation du sillage, puisque le bateau génère un paquet d’onde (et non une onde simple).
Pour , et donnés, on a vu qu’on déduisait la position du point où, à l’instant zéro, l’onde possède la même phase qu’en à l’instant où elle est née. Pour cette onde, le pic d’énergie n’est pas en mais a voyagé deux fois plus lentement, à la vitesse de groupe. Donc ce pic, à l’instant zéro, se situe au point , à mi-chemin entre et . Par une homothétie de centre et de rapport 1/2, on en déduit que se trouve sur le cercle de diamètre ( milieu de ). C’est donc en que l’onde créée en à l’instant participe au sillage à l’instant zéro.
Cône de sillage¶
Pour tout point du cercle , on peut trouver une onde associée issue de O (à l’instant ) qui participe au sillage du bateau. En diminuant la valeur de jusqu’à zéro, on définie des séries de cercles de plus en petits et se rapprochant de et on reconstitue le sillage stationnaire du bateau. Ce sillage est délimité par les 2 droites issues de et tangentes à ces cercles. Soit le demi-angle aux sommets du cône de sillage, et en notant le point tangent au cercle et à la droite, on a:
soit
On obtient donc un angle de sillage indépendant de la forme et de la longueur du bateau et de sa vitesse.
Ondes dans le sillage¶
Dans le sillage, on observe 2 types d’ondes: les ondes transverses et les ondes divergentes (figure ci-dessous).

Figure 3:les 2 types d’ondes (transverses et divergentes) dans le sillage [3]
Soit la longueur d’onde des ondes transverses observées dans l’axe du bateau. Ces ondes se propagent à la vitesse de groupe associée à une vitesse de phase (puisque ). Puisque , on en déduit le nombre d’onde et la longueur d’onde :
De même les ondes divergentes se propageant à la limite du sillage avec une vitesse de phase , et une longueur d’onde
en notant l’angle de ces ondes. On a donc la relation suivante entre les longueurs d’ondes:
En notant que
on montre aussi que
En élevent cette relation au carré, et en l’exprimant en fonction de et , on obtient:
d’où le rapport des longueurs d’ondes:
Pour , on trouve et
La théorie de Kelvin s’applique pour des nombres de Froude (i.e. pour des vitesses de bateaux modérées). L’observation du sillage des bateaux rapides montre que le sillage en V devient plus étroit et que son angle est alors inversement proportionnel à la vitesse [3].
Simulation numérique¶
On peut simuler numériquement ce modèle de sillage, en sommant toutes les ondes circulaires générées par le bateau
Pour cela, on calcule toutes les ondes émises par le bateau à des instants précédents, i.e. lorsque le bateau se trouvait en
En tout point à l’arrière du navire, on calcule la distance au point d’émission :
et la somme des ondes cylindriques émises en à . Ces ondes ont atteins le point si .
Le résultat est tracé sur la figure suivante.

Figure 4:Ondes émises à partir d’un point à un instant
En tous les points à l’arrière du navire, on calcule ensuite la somme des contributions des points entre et , i.e. les ondes émises entre et .
En sommant toutes les ondes émises à partir de tous les points à l’arrière du navire, on obtiens le sillage de Kelvin suivant avec un angle . Le résultat est tracé sur la figure suivante, et on retrouve bien la forme du sillage de Kelvin.

Figure 5:Sillage calculé du bateau (carré rouge) et limite théorique de Kelvin (droite d’angle )
L’amplitude des ondes dans l’axe du sillage est donnée sur la courbe suivante, et on observe bien une longueur d’onde donnée par la relation théorique précécente.

Figure 6:Amplitude dans l’axe du sillage et comparaison avec la longueur d’onde théorique