On considère un écoulement stationnaire, dont la vitesse U est
parallèle à l’axe Ox. On isole (par la pensée ou en trouvant un moyen
de visualisation, coloration par exemple) des “particules fluides”,
que l’on suit dans leurs mouvements. On suit des particules fluides dans
cet écoulement et on effectue des mesures de masse volumique, de vitesse
et de pression:
en des points A,B,C fixes (approche eulérienne),
en suivant les particules fluides dans leur mouvement (approche
lagrangienne).
Un fluide en mouvement est définit par des grandeurs physiques:
la masse volumique ρ en kg/m3 (nbre de molécules/unité de
volume): ex air ρ=1kg/m3
la vitesse U en m/s qui a 3 composantes
{u,v,w} : (vitesse moyenne macroscopique) ex U=220m/s pour un avion de ligne à 800 km/h
la pression p en Pa : ( force (choc) exercée par les molécules à
la surface de la particule) ex pression atmosphérique p=105Pa
la température T en K: (agitation moléculaire des molécules) ex T=300K pour T=27∘C
qui sont gouvernées par des équations de bilan qui traduisent les
principes fondamentaux de la mécanique, à savoir:
la conservation de la masse
le principe fondamentale de la dynamique
le principe fondamentale de la thermodynamique
et par une relation thermodynamique supplémentaire (équation d’état), qui permet de fermer le problème.
Pour décrire l’évolution de ces grandeurs, on ne choisit pas de suivre
les particules fluides dans leur mouvement (description lagrangienne où
l’observateur se déplace avec le même mouvement que les particules).
On choisit une approche eulérienne où l’observateur est à une position
fixe et regarde passer les particules fluides. Pour écrire les équations
de bilan, on choisit un élément de volume dxdydz situé à une abscisse
(x,y,z) dans un repère fixe. Les grandeurs physiques dépendent alors
du point d’observation X=(x,y,z) et du temps t:
Si on suit cette description, l’observateur verra passé les particules
fluides. Si on veut suivre une particule M (dont la position est M0
à t=0) au cours du temps, on calculera sa trajectoire, qui est tangente
à chaque instant au vecteur vitesse:
A un instant t1 fixé, on peut calculer les lignes de courant de
l’écoulement qui sont les lignes ψ=cste tangentes en chaque point
au vecteur vitesse.
Pour calculer l’accélération d’une particule, on doit suivre cette
particule: on note DtD la dérivée particulaire ( i.e. le long
de la trajectoire), et
∂t∂,∂x∂,∂y∂,∂z∂
les dérivées partielles eulériennes (i.e. en un point fixe de l’espace):
Pour simplifier l’exposé, nous allons considérer un écoulement
bidimensionnel plan(i.e. dont les propriétés ne varient pas suivant z,
et dont la composante de vitesse suivant z est nulle). On choisit un
élément de volume, dessiné sur la figure suivante, de cotés dx et dy ,
et d’épaisseur dz.
Soit f(x,y,t) une grandeur physique du fluide par unité de masse, la quantité de f dans l’élément vaut ρfdV.
Dans une description eulérienne, la variation de f dans l’élément est due à la variation temporelle de ρf (car on fait le bilan dans un élément fixe dV dans l’espace):
de la quantité de f crée dans l’élément par des termes sources S (par unité de volume)
un bilan de la quantité de f qui rentre et qui sort de l’élément à travers sa surface.
Ce second terme correspond à un bilan des flux ΔF de ρf à travers les facettes de l’élément. On distingue des fluxs convectifs (liés au transport par les particules fluides) et des flux de diffusion (liés à l’agitation moléculaire).
Pour une facette de surface dS, de normale n, sur
laquelle la vitesse du fluide est égale à U, le flux
de convection Fc de f à travers la facette correspond à la quantité de f transportée par le fluide qui passe à travers la facette par unité de temps. La quantité de f traversant la facette pendant dt s’écrit:
Fcdt=f∗masse traversant la facette(ρ(U.n)dt∗dS)
Le flux de diffusion Fd est la quantité de f qui passe à travers une facette dS de normale n par unité de temps du à l’agitation moléculaire et à la variation de f à travers la facette.
Ce flux est proportionnel au gradient de f (loi de Fourier pour la température, loi de Fick pour la concentration) avec un coefficient de diffusion λ fonction du fluide. La quantité de f qui traverse
la facette pendant dt par diffusion s’écrit:
Le bilan des flux de convection s’écrit donc en faisant le bilan sur les
facettes de l’élément (en tenant compte du fait que l’écoulement est
bidimensionnel plan et donc U.n=0
sur les facettes z−2dz et z+2dz). Ce bilan s’écrit
avec les notations de la figure précédente:
En effectuant un développement limité, et en ne conservant que les
termes au premier ordre (les termes d’ordre supérieure ont une
contribution qui tend vers zero), il vient:
L’équation de bilan d’une quantité scalaire f par unité de masse s’écrit en Eulérien sous la forme suivante:
Au lieu de faire un bilan sur un petit élément de volume, on peut suivre
une particule fluide dans son mouvement et calculer l’évolution de
f le long de sa trajectoire. On utilise alors la dérivée particulaire et on montre que l’on obtiens l’équation suivante:
En utilisant l’équation de conservation de la masse, on montre que ces deux équations sont équivalentes.
théorème de la divergence
Pour tout champ de vecteur F, son flux à travers une surface fermée S est égale à l’intégrale de la divergence dans le volume V limitée par S:
Pour un fluide monophasique sans création de masse, la variation de masse
Δρ dans l’élément dxdydz est nulle. D’après ce qui précède, elle est égale à la somme de la variation temporelle dans l’élément et du bilan des flux de masse entrants et sortants de l’élément:
Les efforts extérieurs appliqués sur l’élément sont:
des forces volumiques: la gravité gρdxdydz,
les forces éléctro-magnétiques, ...
des forces surfaciques: interaction des autres particules fluides
sur l’élément
Pour un fluide, ces forces surfaciques sont modélisées sous forme tensorielle par
σ⊗ndS, avec
σ le tenseur des contraintes qui dépend de la
pression p et du tenseur des déformations
Dij=21(∂xj∂Ui+∂xi∂Uj))
La force de contrainte (modélisé par le tenseur des contraintes σ) comprends:
des forces normales de pression: −pndS (qui
existent même pour un fluide au repos)
des forces de viscosité (tenseur σv)
qui dépendent du tenseur des déformations D
Pour un fluide Newtonien (avec l’hypothèse de
Stokes λ+32μ=0 ), la contrainte visqueuse dans la direction
n s’écrit:
On retrouve l’expression classique de la contrainte de cisaillement à la paroi en notant u la vitesse près de la paroi (qui est parallèle à la paroi) et y la direction normale à la paroi.
Pour retrouvez cette forme, on va écrire l’équation précédente sous forme non conservative (ou convective) en utilisant le bilan de masse.
Un calcul directe permet de montrez que la variation de la composante suivant x de la quantité de mouvement est bien égale à la masse fois accélération suivant x en utilisant l’équation de bilan de masse:
De cette dernière équation, on peut en déduire une équation de bilan sur
l’énergie cinétique 21ρU2 en effectuant le produit scalaire avec le vecteur
vitesse U
est constante le long d’une ligne de courant. C’est le célèbre théorème
de Bernoulli qui traduit la conservation de l’énergie mécanique, somme de l’énergie cinétique ρ2U2 de l’énergie potentiel de gravité ρgz et du travail des forces de pression p le long d’une ligne de courant pour un écoulement incompressible stationnaire non visqueux.
Par contre si le champ de vitesse est irrotationnelle
rot(U)=0,
la constante est la même dans tout l’écoulement.
La dernière équation de bilan traduit un bilan d’énergie régit par les
principes de la thermodynamique. Pour les fluides monophasiques étudiés, l’état thermodynamique du système est fonction de deux variables d’états indépendantes: le couple [ρ,p] ou le couple [ρ,T].
Les différentes forme d’énergie (par unité de volume) dans un fluide sont:
l’énergie cinétique: Ec21ρU2
l’énergie interne: E (associé à l’énergie cinétique interne des molécules)
Le premier principe de la thermodynamique stipule que lors de toute
transformation, la variation de l’énergie totale Et=Ec+E est égale à la quantité d’énergie échangée avec le milieu extérieur, par transfert thermique (chaleur) et transfert mécanique (travail). L’énergie interne par
unité de volume E=ρe (où e est l’énergie interne par unité de
masse) est une variable d’état thermodynamique, que l’on peut calculer
à partir des deux variables d’état indépendantes,
par exemple E=E(T,ρ).
La variation de l’énergie totale est donnée par le premier principe de la thermodynamique:
dE+dEc=travail eˊchangeˊ avec l’exteˊrieurΔW+flux de chaleurΔQ
L’énergie interne étant une variable d’état, sa variation ne dépend donc
que de l’état final et initial, et non de la transformation. Par contre,
le travail ΔW et le flux de chaleur ΔQ dépendent de la
transformation.
Le travail échangé avec l’extérieur
(transfert ordonné d’énergie) correspond à la somme des travaux des forces appliquées: travail des forces de pression, travail des forces de viscosité, travail de forces de gravité.
Le flux de chaleur correspond à la diffusion de la chaleur dans le gaz,
au rayonnement, et à l’échauffement visqueux. En général ce flux de
chaleur est irréversible. Dans le cas d’une transformation réversible
(lente), le flux de chaleur est relié à la variation d’entropie S:
Le second principe de la thermodynamique établit l’irréversibilité des
phénomènes physiques, en particulier lors des échanges thermiques. Il
implique, que pour une transformation quelconque:
Pour clore la modélisation de l’écoulement de fluide, nous avons besoin de relations thermodynamiques, permettant de calculer les variables thermodynamiques en fonction de deux variables d’état indépendantes.
La première relation est l’équation d’état du fluide. Dans le cas d’un gaz parfait, l’équation d’état s’écrit PVm=RT en unité molaire, ce qui donne en divisant par la masse molaire, la relation d’état pour un fluide:
En notant que h=e+ρp, on en déduit que R=Cp−Cv, ce qui permet d’écrire e et h en fonction d’un seul paramètre thermodynamique: le rapport des chaleurs spécifiques γ=CvCp :
Les équations générales de bilan pour un fluide monophasique newtonien
s’écrivent donc sous forme conversative, c.a.d. sous forme de bilan dans un petit élément de volume dV :
Ce système d’équations générales de la mécanique des fluides est bien connu
depuis longtemps, mais il est malheureusement fortement non-linéaire et
ne possède aucune approximation linéaire universelle, comme la RDM en mécanique des solides. Mathématiquement, on ne sait pas démontrer
l’existence et l’unicité de la solution dans le cas général en 3D. Ce problème fait même partie des défis mathématiques du millénaire posés par l’institut mathématique Clay en 2000. Numériquement, même avec les ordinateurs les plus puissants, on ne sait pas calculer une approximation
numérique précise, car les écoulements de fluides peuvent présenter des
gammes énormes d’échelles de temps et d’espace, comme sur l’image suivante d’un écoulement turbulent complexe:
Figure 7:écoulement turbulent dans un champ d’éoliennes
Turbulence: les écoulements à grande vitesse peuvent présenter de
multiples échelles spatiales et temporelles, avec des interactions
non-linéaires complexes.
Pour arriver à faire des prédictions, on a donc besoin de faire des approximations, et c’est l’un des grands enjeux en mécanique des fluides.
Le champ moyen est souvent plus simple, et peut être calculer à l’aide
d’approximation, en modélisant par exemple l’effet dissipatif de la turbulence par une viscosité turbulente μt.
Dans certains cas, on peut négliger les effets de viscosité et de transfert thermique par conduction, en considérant un écoulement
adiabatique de fluide parfait.
Les équations simplifiées forment le système d’équations d’Euler qui
régit les écoulements de gaz parfaits adiabatiques (i.e. dans
lesquels on a négligé les effets de viscosité et de transfert de
chaleur).
Ces 5 (4 en 2D) équations de bilan lient l’évolution des 6 (5 en 2D)
propriétés ρ,p,e,U du gaz.
Pour fermer le système, on utilise l’équation d’état du fluide: