Ondes de Choc

Figure 1:choc fort autour de 2 sphères
Introduction¶
Nous avons vu dans les chapitres précédents que dans les écoulements compressibles peuvent apparaître des zones de discontinuité, par suite par exemple de concentration d’ondes se propageant à des vitesses différentes (caractéristiques). Les équations d’Euler permettent de décrire ces discontinuités (ou chocs).

Figure 2:ondes de choc sur une sphère
Dans la réalité, ces chocs apparaissent comme une très fine région de l’espace où l’on observe de très forte variation des propriétés thermodynamiques et de la vitesse du fluide. L’épaisseur d’un choc permet cependant de continuer à utiliser l’hypothèse de milieu continu.
Nous les modéliserons cependant comme des discontinuités mathématiques.
Dans un choc, il n’y a pas de création ni destruction de masse: donc l’équation de bilan de masse s’applique à travers le choc. De même, il n’y a pas de force extérieure qui s’applique dans un choc, donc on peut appliquer la bilan de quantité de mouvement. Finalement, il n’y a pas d’apport de chaleur extérieur, donc un choc est adiabatique (mais pas isentropique !).
A travers un choc, la température est discontinue. Donc un choc est une région où on transforme une partie de l’énergie cinétique (vitesse moyenne organisée des particules) en énergie interne (fluctuations internes désorganisées des particules: chaleur ou température). Et ceci ne peut se faire que dans un sens d’après le second principe: du mouvement organisé vers un mouvement désordonné. A travers un choc, l’écoulement est adiabatique, mais son entropie augmente: .
Relations à travers un choc droit¶
Pour cela on considère un choc droit immobile à travers lequel l’écoulement reste quasi-unidimensionnel et stationnaire. Si le choc se déplace, on fait l’analyse dans un repère lié au choc.
On note , , l’état du fluide avant le choc et , , l’état du fluide après le choc.

Figure 3:choc droit
On fait des bilans (de masse, de quantité de mouvement et d’énergie) en considérant un petit élément de volume incluant le choc. Ces équations s’écrivent:
bilan de masse:
bilan de quantité de mouvement:
conservation de l’enthalpie totale:
En exprimant l’enthalpie en fonction de la célérité du son :
la dernière équation s’écrit:
Ce système d’équations est connue sous le nom de relations de Rankine-Hugoniot. Nous allons calculer les variations des quantités à travers le choc en fonction du nombre de Mach amont
En divisant par l’équation (2), il vient:
et en introduisant la célérité du son , il vient:
En utilisant l’équation (5), on calcule:
et on remplace:
Or on a supposé qu’il y avait un choc et donc une discontinuité sur la vitesse: i.e.
En simplifiant par , il vient:
soit:
ce qui nous permet de calculer le rapport
Et d’après (5), on a
d’où l’expression de la variation de la vitesse à travers le choc:
On en déduit la variation de la masse volumique
La relation (5) permet de calculer la variation de célérité du son
et en divisant par , on obtient la variation du Mach
soit
Pour la pression, on utilise l’équation (2)
d’où
ce qui donne en remplaçant
Enfin en utilisant la définition de l’entropie (pour un gaz parfait):
on obtient l’évolution de l’entropie à travers le choc:
On a tracé sur la figure ci-dessous l’évolution du saut d’entropie (23) en fonction du Mach amont ainsi que le rapport le Mach (relation sqrt((18))*M1)

Figure 4:saut d’entropie à travers un choc droit

Figure 5:Mach M2 pour un choc droit
De cette analyse on déduit que:
Si l’écoulement amont est subsonique , alors il ne peut pas y avoir de choc droit stationnaire car l’entropie diminue
Si l’écoulement amont est sonique , il n’y a pas de choc
si l’écoulement amont est supersonique , alors il y peut y avoir un choc droit stationnaire, pour lequel l’entropie augmente (écoulement irréversible) et l’écoulement aval est subsonique .
Nous avons tracé sur la figure ci-dessous l’évolution de la masse volumique, de la pression et de la vitesse à travers un choc droit:

Figure 6:évolution de la masse volumique, pression et température pour un choc droit
Comme nous l’avons vu précédemment, un choc droit permet de décélérer l’écoulement: , à travers une compression forte adiabatique et . L’énergie cinétique de l’écoulement est transformée en énergie interne par augmentation de l’agitation moléculaire: la température augmente à travers un choc .
On constate aussi que plus le Mach amont est fort, plus le choc est fort, mais il y a une limite : le Mach aval ne peut descendre en dessous d’une valeur limite , ainsi que le saut de vitesse : , et le saut de masse volumique . Par contre le saut de pression n’est pas borné et tend vers l’infini.
Choc instationnaire¶
L’analyse précédente peut se généraliser au cas d’un choc droit se déplaçant avec une vitesse constante dans un milieu au repos. A l’amont du choc la vitesse est nulle, le fluide au repos, la masse volumique vaut et la pression , et à l’arrière du choc la vitesse vaut , la masse volumique , et la pression .
Pour se ramener au cas du choc droit stationnaire, on considère un repère lié au choc. Dans ce repère l’écoulement amont est donné par:
et l’écoulement aval par:
Les relations (15), (18), (23) sont toujours valables, mais en remplaçant :
Tube à choc¶
On considère un tube de longueur , séparé en son milieu par une membrane avec d’un coté un gaz à haute pression () et de l’autre un gaz à basse pression ().

Figure 7:tube à choc
On enlève la membrane à l’instant . On introduit donc une discontinuité de pression, masse volumique et température dans le tube.
Due à la différence de pression, le gaz de la chambre haute pression va se déplacer dans la chambre basse pression. Une zone entre les 2 gaz se met en mouvement avec une vitesse et une pression : avec en amont la propagation d’une onde de choc avec une célérité . En arrière de cette zone se développe des ondes de détente de pente : . Enfin, si on néglige la diffusion, les deux gaz ne se mélangent pas, et la séparation entre les deux correspond à une discontinuité de contact qui se propage avec la vitesse .
On a donc le développement de 3 ondes dans le système:
une onde de choc de célérité
des ondes de détente de célérité
une discontinuité de contact de célérité

Figure 8:ondes dans un tube à choc
La solution des équations d’Euler pour ce problème est donnée sur les figures suivantes à l’instant , pour un rapport de pression et de masse volumique de 3.
Sur l’animation suivante, on a tracé l’évolution de la trajectoire des particules fluides dans un tube à choc, ainsi que l’évolution de la pression, de la vitesse, de la masse volumique et du nombre de Mach dans le tube en fonction du temps.

Figure 9:animation tube à choc
Vitesse du choc crée par un piston¶
Dans l’expérience décrite au chapitre 3, on a créé un choc par déplacement d’un piston.
En utilisant les relations caractéristiques, dans la région entre le piston (qui génère le choc) et le choc (i.e. à l’arrière du choc), la célérité du son vérifie:
(puisque est la célérité dans le fluide au repos)
En utilisant cette relation dans l’équation de conservation de l’enthalpie totale à travers le choc (5):
on en déduit la vitesse du choc
On note donc que par rapport au choc, l’écoulement amont est supersonique et l’écoulement aval est subsonique .
On note aussi que la vitesse du choc est la moyenne de la vitesse de propagation à l’amont et à l’aval du choc:
Sur l’animation suivante, on a tracé l’évolution de la trajectoire des particules fluides dans le piston.

Figure 10:animation piston
Chocs en tuyère¶

Figure 11:choc dans un tuyère de Laval
Reprenons l’étude de l’écoulement dans une tuyère de Laval. Nous avons montré que l’écoulement dans la tuyère (et en particulier dans le divergent) dépendait du niveau de pression en sortie.
: la pression en sortie est assez haute, l’écoulement dans la tuyère est subsonique et isentropique. Les relations isentropiques (chapitre 3) donnent la répartition de pression.

Figure 12:écoulement en tuyère
: en diminuant la pression en sortie, on atteint un niveau où l’écoulement est sonique au col, mais reste subsonique dans le divergent. L’écoulement est isentropique. Les relations isentropiques pour une tuyère adaptée donne la répartition de pression.

Figure 13:écoulement en tuyère
: pour un autre niveau de pression plus bas, on a encore un écoulement isentropique, avec un col sonique. Mais dans ce cas l’écoulement est supersonique dans le divergent. Les relations isentropiques pour une tuyère adaptée donne la encore la répartition de pression.

Figure 14:écoulement en tuyère
Pour tous les autres niveaux de pression l’écoulement n’est plus isentropique, et des chocs d’adaptation sont nécessaire.
: l’écoulement ne peut plus rester isentropique dans le divergent. Un choc droit apparaît pour passer d’un écoulement supersonique au début du divergent à un écoulement subsonique après le choc. Lorsque l’on diminue la pression le choc se déplace vers la sortie de tuyère pour se situé exactement en sortie dans le cas

Figure 15:écoulement en tuyère
: le choc d’adaptation n’a plus lieu dans la tuyère, mais dans le jet au travers d’une série d’ondes de choc oblique, permettant l’adaptation de la pression. On observe en sortie un jet supersonique sur-détendu[1] (over-expanded) avec apparitions de disques de Mach

Figure 16:écoulement en tuyère
: on a cette fois un jet supersonique sous-détendu[1] (under-expanded) (i.e. qui sort de la tuyère avec une pression inférieure à la pression ambiante) avec une série d’ondes de détentes pour adapter la pression.

Figure 17:écoulement en tuyère
Un excellent site sur le design d’une tuyère de Laval pour un moteur de fusée:

Figure 18:écoulement dans le jet d’une tuyère
Chocs obliques¶
Un choc oblique est créé lorsqu’un écoulement supersonique est défléchi (par un obstacle). Un écoulement supersonique de vitesse est défléchi par une rampe d’angle . Un choc oblique d’angle apparaît pour permettre à l’écoulement d’avoir une vitesse parallèle à la rampe.
La géométrie du choc oblique est donnée sur la figure ci-dessous

Figure 19:choc oblique
On décompose la vitesse suivant la direction normale au choc et la direction tangente au choc .
On choisit un volume de contrôle entourant le choc (voir figure) et d’épaisseur fine. On intègre ensuite les équations de bilan stationnaire sur ce volume, en notant que pour la quantité de mouvement, le flux a 2 composantes. En effet le flux de quantité de mouvement à travers une surface de normale s’écrit:
bilan de masse:
bilan de quantité de mouvement suivant la normale:
bilan de quantité de mouvement suivant la tangente:
conservation de l’enthalpie totale:
En utilisant l’équation (32), la relation (34)implique la conservation de la vitesse tangentielle , et on constate alors que le système d’équation est identique à celui du choc droit, en remplaçant simplement dans les équations les vitesses et par les vitesses normales et . Les relations de choc pour un choc oblique sont données par les relations (14), (15), (18) en remplaçant le nombre de Mach par le nombre de Mach “normal” et le nombre de Mach par le nombre de Mach “normal” .
De cette analogie avec le choc droit, on en déduit que pour un choc oblique, le Mach “normal” aval doit être subsonique, mais l’écoulement aval peut rester supersonique (et le reste en général).
L’angle de déflection de l’écoulement vérifie:
Pour une valeur et fixée, i.e. une intensité de choc fixé, la courbe présente un maximum pour . Cela veut dire que pour une intensité de choc donnée, il existe une valeur maximale de la déflexion . Ainsi pour un nombre de Mach , on a .
Si on trace le diagramme de vitesse pour un nombre de Mach amont fixé, dans des axes (projection suivant l’axe parallèle à ) et (projection suivant l’axe ), on obtient une polaire des vitesses pour le choc oblique.
Remarque: on a d’après (14), et , d’où l’on déduit par projection suivant les axes et les composantes de : et . Pour une valeur fixé de , on en déduit donc pour chaque valeur de (angle du choc) les composantes de la vitesse avale , et donc l’angle de déflexion .

Figure 20:polaire des angles pour un choc oblique
Sur cette polaire, on constate que pour un angle de déviation donné, il existe 2 solutions:
un choc faible correspondant à la vitesse la plus grande: la décélération du fluide est dans ce cas la plus faible et l’écoulement reste en général supersonique après le choc. C’est la configuration que l’on rencontre le plus souvent.
un choc fort correspondant à la vitesse la plus faible: la décélération du fluide est plus forte et l’écoulement est alors subsonique après le choc.
On note aussi sur le diagramme, l’existence d’une valeur maximale de la déflexion. Dans le cas où on veut imposer une déflexion de l’écoulement avec une valeur supérieure à , cela ne peut plus se faire avec un choc oblique faible attaché, mais à travers un choc courbe fort détaché (voir ci dessous).

Figure 21:choc faible attaché et choc fort détaché