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Ondes de Choc

choc fort autour de 2 sphères

Figure 1:choc fort autour de 2 sphères

Introduction

Nous avons vu dans les chapitres précédents que dans les écoulements compressibles peuvent apparaître des zones de discontinuité, par suite par exemple de concentration d’ondes se propageant à des vitesses différentes (caractéristiques). Les équations d’Euler permettent de décrire ces discontinuités (ou chocs).

ondes de choc sur une sphère

Figure 2:ondes de choc sur une sphère

Dans la réalité, ces chocs apparaissent comme une très fine région de l’espace où l’on observe de très forte variation des propriétés thermodynamiques T,ρ,pT,\rho,p et de la vitesse UU du fluide. L’épaisseur d’un choc permet cependant de continuer à utiliser l’hypothèse de milieu continu.

Nous les modéliserons cependant comme des discontinuités mathématiques.

Dans un choc, il n’y a pas de création ni destruction de masse: donc l’équation de bilan de masse s’applique à travers le choc. De même, il n’y a pas de force extérieure qui s’applique dans un choc, donc on peut appliquer la bilan de quantité de mouvement. Finalement, il n’y a pas d’apport de chaleur extérieur, donc un choc est adiabatique (mais pas isentropique !).

A travers un choc, la température est discontinue. Donc un choc est une région où on transforme une partie de l’énergie cinétique (vitesse moyenne organisée des particules) en énergie interne (fluctuations internes désorganisées des particules: chaleur ou température). Et ceci ne peut se faire que dans un sens d’après le second principe: du mouvement organisé vers un mouvement désordonné. A travers un choc, l’écoulement est adiabatique, mais son entropie augmente: dS>0dS>0.

Relations à travers un choc droit

Pour cela on considère un choc droit immobile à travers lequel l’écoulement reste quasi-unidimensionnel et stationnaire. Si le choc se déplace, on fait l’analyse dans un repère lié au choc.

On note u1u_{1}, c1c_{1}, p1,ρ1p_{1},\rho_{1} l’état du fluide avant le choc et u2u_{2}, c2c_{2}, p2,ρ2p_{2},\rho_{2} l’état du fluide après le choc.

choc droit

Figure 3:choc droit

On fait des bilans (de masse, de quantité de mouvement et d’énergie) en considérant un petit élément de volume VV incluant le choc. Ces équations s’écrivent:

  1. bilan de masse:

    ρ1u1=ρ2u2\rho_{1}u_{1}=\rho_{2}u_{2}
  2. bilan de quantité de mouvement:

    ρ1u12+p1=ρ2u22+p2\rho_{1}u_{1}^{2}+p_{1}=\rho_{2}u_{2}^{2}+p_{2}
  3. conservation de l’enthalpie totale:

    ht=12u12+h1=12u22+h2h_{t}=\frac{1}{2}u_{1}^{2}+h_{1}=\frac{1}{2}u_{2}^{2}+h_{2}

En exprimant l’enthalpie h=CpTh=C_{p}T en fonction de la célérité du son c=γRTc=\sqrt{\gamma RT}:

h=CpT=CpγRc2=c2γ1h=C_{p}T=\frac{C_{p}}{\gamma R}c^{2}=\frac{c^{2}}{\gamma-1}

la dernière équation s’écrit:

12u12+c12γ1=12u22+c22γ1=ht\frac{1}{2}u_{1}^{2}+\frac{c_{1}^{2}}{\gamma-1}=\frac{1}{2}u_{2}^{2}+\frac{c_{2}^{2}}{\gamma-1}=h_{t}

Ce système d’équations est connue sous le nom de relations de Rankine-Hugoniot. Nous allons calculer les variations des quantités à travers le choc en fonction du nombre de Mach amont M1=u1c1M_{1}=\frac{u_{1}}{c_{1}}

En divisant par ρ1u1=ρ2u2\rho_{1}u_{1}=\rho_{2}u_{2} l’équation (2), il vient:

u2u1=p1ρ1u1p2ρ2u2u_{2}-u_{1}=\frac{p_{1}}{\rho_{1}u_{1}}-\frac{p_{2}}{\rho_{2}u_{2}}

et en introduisant la célérité du son c2=γpρc^{2}=\frac{\gamma\,p}{\rho}, il vient:

u2u1=c12γu1c22γu2u_{2}-u_{1}=\frac{c_{1}^{2}}{\gamma u_{1}}-\frac{c_{2}^{2}}{\gamma u_{2}}

En utilisant l’équation (5), on calcule:

c2γu=γ1γu(ht12u2)\frac{c^{2}}{\gamma u}=\frac{\gamma-1}{\gamma u}(h_{t}-\frac{1}{2}u^{2})

et on remplace:

u2u1=γ1γ(ht(u2u1)u1u2+12(u2u1))u_{2}-u_{1}=\frac{\gamma-1}{\gamma}\left(\frac{h_{t}(u_{2}-u_{1})}{u_{1}u_{2}}+\frac{1}{2}(u_{2}-u_{1})\right)

Or on a supposé qu’il y avait un choc et donc une discontinuité sur la vitesse: i.e. u2u10u_{2}-u_{1}\neq 0

En simplifiant par u2u1u_{2}-u_{1}, il vient:

γγ1=htu1u2+12\frac{\gamma}{\gamma-1}=\frac{h_{t}}{u_{1}u_{2}}+\frac{1}{2}

soit:

u1u2=ht2(γ1)γ+1u_{1}u_{2}=h_{t}\frac{2(\gamma-1)}{\gamma+1}

ce qui nous permet de calculer le rapport

u2u1=u1u2u12=htu122(γ1)γ+1\frac{u_{2}}{u_{1}}=\frac{u_{1}u_{2}}{u_{1}^{2}}=\frac{h_{t}}{u_{1}^{2}}\frac{2(\gamma-1)}{\gamma+1}

Et d’après (5), on a

htu12=12+M12γ1\frac{h_{t}}{u_{1}^{2}}=\frac{1}{2}+\frac{M_{1}^{-2}}{\gamma-1}

d’où l’expression de la variation de la vitesse à travers le choc:

u2u1=2(γ1)γ+1(12+M12γ1)=(γ1)M12+2(γ+1)M12\frac{u_{2}}{u_{1}}=\frac{2(\gamma-1)}{\gamma+1}\left(\frac{1}{2}+\frac{M_{1}^{-2}}{\gamma-1}\right)=\frac{(\gamma-1)M_{1}^{2}+2}{(\gamma+1)M_{1}^{2}}

On en déduit la variation de la masse volumique

ρ2ρ1=u1u2=(γ+1)M12(γ1)M12+2\frac{\rho_{2}}{\rho_{1}}=\frac{u_{1}}{u_{2}}=\frac{(\gamma+1)M_{1}^{2}}{(\gamma-1)M_{1}^{2}+2}

La relation (5) permet de calculer la variation de célérité du son

c22c12=(γ1)2(u12u22)c_{2}^{2}-c_{1}^{2}=\frac{(\gamma-1)}{2}(u_{1}^{2}-u_{2}^{2})

et en divisant par u22u_{2}^{2}, on obtient la variation du Mach

M22=M12(u1u2)2+γ12((u1u2)21)M_{2}^{-2}=M_{1}^{-2}\left(\frac{u_{1}}{u_{2}}\right)^{2}+\frac{\gamma-1}{2}(\left(\frac{u_{1}}{u_{2}}\right)^{2}-1)

soit

(M1M2)2=(u1u2)2+γ12M12((u1u2)21)\left(\frac{M_{1}}{M_{2}}\right)^{2}=\left(\frac{u_{1}}{u_{2}}\right)^{2}+\frac{\gamma-1}{2}M_{1}^{2}(\left(\frac{u_{1}}{u_{2}}\right)^{2}-1)

Pour la pression, on utilise l’équation (2)

p2p1=ρ1u1(u1u2)p_{2}-p_{1}=\rho_{1}u_{1}(u_{1}-u_{2})

d’où

p2p11=ρ1u12p1(1u2u1)=γu12c12(1u2u1)\frac{p_{2}}{p_{1}}-1=\frac{\rho_{1}u_{1}^{2}}{p_{1}}(1-\frac{u_{2}}{u_{1}})=\frac{\gamma u_{1}^{2}}{c_{1}^{2}}(1-\frac{u_{2}}{u_{1}})

ce qui donne en remplaçant u2u1\frac{u_{2}}{u_{1}}

p2p1=1+2γγ+1(M121)\frac{p_{2}}{p_{1}}=1+\frac{2\gamma}{\gamma+1}(M_{1}^{2}-1)

Enfin en utilisant la définition de l’entropie (pour un gaz parfait):

S=CvlnpργS=C_{v}\ln\frac{p}{\rho^{\gamma}}

on obtient l’évolution de l’entropie à travers le choc:

S2S1Cv=lnp2p1γlnρ2ρ1=ln(1+2γγ+1(M121))γln((γ+1)M12(γ1)M12+2)\begin{aligned} \frac{S_{2}-S_{1}}{C_{v}} & = & \ln\frac{p_{2}}{p_{1}}-\gamma\ln\frac{\rho_{2}}{\rho_{1}}\\ & = & \ln\left(1+\frac{2\gamma}{\gamma+1}(M_{1}^{2}-1)\right)-\gamma\ln\left(\frac{(\gamma+1)M_{1}^{2}}{(\gamma-1)M_{1}^{2}+2}\right)\end{aligned}

On a tracé sur la figure ci-dessous l’évolution du saut d’entropie (23) en fonction du Mach amont M1M_{1} ainsi que le rapport le Mach M2M_{2} (relation sqrt((18))*M1)

saut d’entropie à travers un choc droit

Figure 4:saut d’entropie à travers un choc droit

Mach M2 pour un choc droit

Figure 5:Mach M2 pour un choc droit

De cette analyse on déduit que:

  1. Si l’écoulement amont est subsonique M1<1M_{1}<1, alors il ne peut pas y avoir de choc droit stationnaire car l’entropie diminue S2<S1S_{2}<S_{1}

  2. Si l’écoulement amont est sonique M1=1M_{1}=1, il n’y a pas de choc M2=1,p2=p1,u2=u1,ρ1=ρ2M_{2}=1,\,p_{2}=p_{1},\,u_{2}=u_{1},\,\rho_{1}=\rho_{2}

  3. si l’écoulement amont est supersonique M1>1M_{1}>1, alors il y peut y avoir un choc droit stationnaire, pour lequel l’entropie augmente (écoulement irréversible) et l’écoulement aval est subsonique M2<1M_{2}<1.

Nous avons tracé sur la figure ci-dessous l’évolution de la masse volumique, de la pression et de la vitesse à travers un choc droit:

évolution de la masse volumique, pression et température pour un choc droit

Figure 6:évolution de la masse volumique, pression et température pour un choc droit

Comme nous l’avons vu précédemment, un choc droit permet de décélérer l’écoulement: u2<u1\textrm{u}_{2}<u_{1}, à travers une compression forte adiabatique p2>p1p_{2}>p_{1} et ρ2>ρ1\rho_{2}>\rho_{1}. L’énergie cinétique de l’écoulement est transformée en énergie interne par augmentation de l’agitation moléculaire: la température augmente à travers un choc T2>T1T_{2}>T_{1}.

On constate aussi que plus le Mach amont est fort, plus le choc est fort, mais il y a une limite : le Mach aval ne peut descendre en dessous d’une valeur limite M=12γ1γ0.26M_{\infty}=\frac{1}{2}\sqrt{\frac{\gamma-1}{\gamma}}\simeq0.26, ainsi que le saut de vitesse : u2u1γ1γ+1=16\frac{u_{2}}{u_{1}}\Longrightarrow\frac{\gamma-1}{\gamma+1}=\frac{1}{6} , et le saut de masse volumique ρ2ρ1γ+1γ1=6\frac{\rho_{2}}{\rho_{1}}\Longrightarrow\frac{\gamma+1}{\gamma-1}=6. Par contre le saut de pression n’est pas borné et tend vers l’infini.

Choc instationnaire

L’analyse précédente peut se généraliser au cas d’un choc droit se déplaçant avec une vitesse constante VV dans un milieu au repos. A l’amont du choc la vitesse est nulle, le fluide au repos, la masse volumique vaut ρ0\rho_{0} et la pression p0p_{0}, et à l’arrière du choc la vitesse vaut U1U_{1} , la masse volumique ρ1\rho_{1}, et la pression p1p_{1}.

Pour se ramener au cas du choc droit stationnaire, on considère un repère lié au choc. Dans ce repère l’écoulement amont est donné par:

V,c0=γp0ρ0V,\,c_{0}=\sqrt{\gamma\frac{p_{0}}{\rho_{0}}}

et l’écoulement aval par:

VU1,c1=γp1ρ1V-U_{1},\,c_{1}=\sqrt{\gamma\frac{p_{1}}{\rho_{1}}}

Les relations (15), (18), (23) sont toujours valables, mais en remplaçant :

M1=Vc0,u1=V,u2=VU1M_{1}=\frac{V}{c_{0}},\,\,u_{1}=V,\,\,u_{2}=V-U_{1}

Tube à choc

On considère un tube de longueur LL, séparé en son milieu par une membrane avec d’un coté un gaz à haute pression (p0,ρ0p_{0},\rho_{0}) et de l’autre un gaz à basse pression (p1,ρ1p_{1},\rho_{1}).

tube à choc

Figure 7:tube à choc

On enlève la membrane à l’instant t=0t=0. On introduit donc une discontinuité de pression, masse volumique et température dans le tube.

Due à la différence de pression, le gaz de la chambre haute pression va se déplacer dans la chambre basse pression. Une zone entre les 2 gaz se met en mouvement avec une vitesse u3>0u_{3}>0 et une pression p3p_{3}: p1>p3>p2p_{1}>p_{3}>p_{2} avec en amont la propagation d’une onde de choc avec une célérité u+c=12(u3+c3+c2)u+c=\frac{1}{2}(u_{3}+c_{3}+c_{2}). En arrière de cette zone se développe des ondes de détente de pente ucu-c: c1<uc<u3c3-c_{1}<u-c<u_{3}-c_{3}. Enfin, si on néglige la diffusion, les deux gaz ne se mélangent pas, et la séparation entre les deux correspond à une discontinuité de contact qui se propage avec la vitesse u=u3u=u_{3}.

On a donc le développement de 3 ondes dans le système:

  1. une onde de choc de célérité u+cu+c

  2. des ondes de détente de célérité ucu-c

  3. une discontinuité de contact de célérité uu

ondes dans un tube à choc

Figure 8:ondes dans un tube à choc

La solution des équations d’Euler pour ce problème est donnée sur les figures suivantes à l’instant t=L4c1t=\frac{L}{4c_{1}}, pour un rapport de pression et de masse volumique de 3.

Sur l’animation suivante, on a tracé l’évolution de la trajectoire des particules fluides dans un tube à choc, ainsi que l’évolution de la pression, de la vitesse, de la masse volumique et du nombre de Mach dans le tube en fonction du temps.

animation tube à choc

Figure 9:animation tube à choc

Vitesse du choc crée par un piston

Dans l’expérience décrite au chapitre 3, on a créé un choc par déplacement d’un piston.

En utilisant les relations caractéristiques, dans la région entre le piston (qui génère le choc) et le choc (i.e. à l’arrière du choc), la célérité du son c1c_{1} vérifie:

c1=12(γ1)U1+c0c_{1}=\frac{1}{2}(\gamma-1)U_{1}+c_{0}

(puisque c0c_{0} est la célérité dans le fluide au repos)

En utilisant cette relation dans l’équation de conservation de l’enthalpie totale à travers le choc (5):

(12(γ1)U1+c0)2+γ12(VU1)2=c02+γ12V2\left(\frac{1}{2}(\gamma-1)U_{1}+c_{0}\right)^{2}+\frac{\gamma-1}{2}(V-U_{1})^{2}=c_{0}^{2}+\frac{\gamma-1}{2}V^{2}

on en déduit la vitesse du choc

V=c0+γ+14U1V=c_{0}+\frac{\gamma+1}{4}U_{1}

On note donc que par rapport au choc, l’écoulement amont est supersonique V>c0V>c_{0} et l’écoulement aval est subsonique VU1=c03γ4U1<c1=c0+γ12U1V-U_{1}=c_{0}-\frac{3-\gamma}{4}U_{1}<c_{1}=c_{0}+\frac{\gamma-1}{2}U_{1}.

On note aussi que la vitesse du choc VV est la moyenne de la vitesse de propagation à l’amont et à l’aval du choc:

V=12(c0+(c1+U1))=c0+γ+14U1V=\frac{1}{2}\left(c_{0}+(c_{1}+U_{1})\right)=c_{0}+\frac{\gamma+1}{4}U_{1}

Sur l’animation suivante, on a tracé l’évolution de la trajectoire des particules fluides dans le piston.

animation piston

Figure 10:animation piston

Chocs en tuyère

choc dans un tuyère de Laval

Figure 11:choc dans un tuyère de Laval

Reprenons l’étude de l’écoulement dans une tuyère de Laval. Nous avons montré que l’écoulement dans la tuyère (et en particulier dans le divergent) dépendait du niveau de pression pep_{e} en sortie.

  1. pe=pAp_{e}=p_{A} : la pression en sortie est assez haute, l’écoulement dans la tuyère est subsonique et isentropique. Les relations isentropiques (chapitre 3) donnent la répartition de pression.

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{A}

Figure 12:écoulement en tuyère pe=pAp_{e}=p_{A}

  1. pe=pBp_{e}=p_{B} : en diminuant la pression en sortie, on atteint un niveau pBp_{B} où l’écoulement est sonique au col, mais reste subsonique dans le divergent. L’écoulement est isentropique. Les relations isentropiques pour une tuyère adaptée donne la répartition de pression.

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{B}

Figure 13:écoulement en tuyère pe=pBp_{e}=p_{B}

  1. pe=pGp_{e}=p_{G}: pour un autre niveau de pression plus bas, on a encore un écoulement isentropique, avec un col sonique. Mais dans ce cas l’écoulement est supersonique dans le divergent. Les relations isentropiques pour une tuyère adaptée donne la encore la répartition de pression.

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{G}

Figure 14:écoulement en tuyère pe=pGp_{e}=p_{G}

Pour tous les autres niveaux de pression l’écoulement n’est plus isentropique, et des chocs d’adaptation sont nécessaire.

  1. pB>pe=pC>pEp_{B}>p_{e}=p_{C}>p_{E}: l’écoulement ne peut plus rester isentropique dans le divergent. Un choc droit apparaît pour passer d’un écoulement supersonique au début du divergent à un écoulement subsonique après le choc. Lorsque l’on diminue la pression pep_{e} le choc se déplace vers la sortie de tuyère pour se situé exactement en sortie dans le cas pe=pEp_{e}=p_{E}

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{E}

Figure 15:écoulement en tuyère pe=pEp_{e}=p_{E}

  1. pE>pe=pF>pGp_{E}>p_{e}=p_{F}>p_{G}: le choc d’adaptation n’a plus lieu dans la tuyère, mais dans le jet au travers d’une série d’ondes de choc oblique, permettant l’adaptation de la pression. On observe en sortie un jet supersonique sur-détendu[1] (over-expanded) avec apparitions de disques de Mach

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{F}

Figure 16:écoulement en tuyère pe=pFp_{e}=p_{F}

  1. pe=pH<pGpe=p_{H}<p_{G}: on a cette fois un jet supersonique sous-détendu[1] (under-expanded) (i.e. qui sort de la tuyère avec une pression inférieure à la pression ambiante) avec une série d’ondes de détentes pour adapter la pression.

écoulement en tuyère  p_{e}=p_{H}

Figure 17:écoulement en tuyère pe=pHp_{e}=p_{H}

Un excellent site sur le design d’une tuyère de Laval pour un moteur de fusée:

écoulement dans le jet d’une tuyère

Figure 18:écoulement dans le jet d’une tuyère

Chocs obliques

Un choc oblique est créé lorsqu’un écoulement supersonique est défléchi (par un obstacle). Un écoulement supersonique de vitesse U1U_{1} est défléchi par une rampe d’angle θ\theta. Un choc oblique d’angle β\beta apparaît pour permettre à l’écoulement d’avoir une vitesse U2U_{2} parallèle à la rampe.

La géométrie du choc oblique est donnée sur la figure ci-dessous

choc oblique

Figure 19:choc oblique

On décompose la vitesse UU suivant la direction normale au choc UnU_{n} et la direction tangente au choc UtU_{t}.

On choisit un volume de contrôle entourant le choc (voir figure) et d’épaisseur fine. On intègre ensuite les équations de bilan stationnaire sur ce volume, en notant que pour la quantité de mouvement, le flux a 2 composantes. En effet le flux de quantité de mouvement à travers une surface de normale n\overrightarrow{n} s’écrit:

ρ(UU).n+pn=ρ[Un2UnUtUnUtUt2][10]+p[10]=[ρUn2+pρUnUt]\rho(\overrightarrow{U}\otimes\overrightarrow{U}).\overrightarrow{n}+p\overrightarrow{n}=\rho\left[\begin{array}{cc} U_{n}^{2} & U_{n}U_{t}\\ U_{n}U_{t} & U_{t}^{2} \end{array}\right]\left[\begin{array}{c} 1\\ 0 \end{array}\right]+p\left[\begin{array}{c} 1\\ 0 \end{array}\right]=\left[\begin{array}{c} \rho U_{n}^{2}+p\\ \rho U_{n}U_{t} \end{array}\right]
  1. bilan de masse:

    ρ1Un1=ρ2Un2\rho_{1}U_{n1}=\rho_{2}U_{n2}
  2. bilan de quantité de mouvement suivant la normale:

    ρ1Un12+p1=ρ2Un22+p2\rho_{1}U_{n1}^{2}+p_{1}=\rho_{2}U_{n2}^{2}+p_{2}
  3. bilan de quantité de mouvement suivant la tangente:

    ρ1Un1Ut1=ρ2Un2Ut2\rho_{1}U_{n1}U_{t1}=\rho_{2}U_{n2}U_{t2}
  4. conservation de l’enthalpie totale:

    h1+Un12+Ut122=h2+Un22+Ut222h_{1}+\frac{U_{n1}^{2}+U_{t1}^{2}}{2}=h_{2}+\frac{U_{n2}^{2}+U_{t2}^{2}}{2}

En utilisant l’équation (32), la relation (34)implique la conservation de la vitesse tangentielle Ut1=Ut2U_{t1}=U_{t2} , et on constate alors que le système d’équation est identique à celui du choc droit, en remplaçant simplement dans les équations les vitesses U1U_{1} et U2U_{2} par les vitesses normales Un1=U1sinβU_{n1}=U_{1}\sin\beta et Un2=U2sinβU_{n2}=U_{2}\sin\beta. Les relations de choc pour un choc oblique sont données par les relations (14), (15), (18) en remplaçant le nombre de Mach M1M_{1} par le nombre de Mach “normal” Mn1=Un1c1=M1sinβM_{n1}=\frac{U_{n1}}{c_{1}}=M_{1}\sin\beta et le nombre de Mach M2M_{2} par le nombre de Mach “normal” Mn2=Un2c2=M2sin(βθ)M_{n2}=\frac{U_{n2}}{c_{2}}=M_{2}\sin(\beta-\theta).

De cette analogie avec le choc droit, on en déduit que pour un choc oblique, le Mach “normal” aval Mn2M_{n2} doit être subsonique, mais l’écoulement aval peut rester supersonique (et le reste en général).

L’angle de déflection de l’écoulement θ\theta vérifie:

θ=βtan1Un2Ut=tan1Un1Uttan1Un2Ut\theta=\beta-\tan^{-1}\frac{U_{n_{2}}}{U_{t}}=\tan^{-1}\frac{U_{n_{1}}}{U_{t}}-\tan^{-1}\frac{U_{n_{2}}}{U_{t}}

Pour une valeur Un1U_{n1} et Un2U_{n2} fixée, i.e. une intensité de choc fixé, la courbe θ(Ut)\theta(U_{t}) présente un maximum pour Ut=Un1Un2U_{t}=\sqrt{U_{n1}U_{n2}}. Cela veut dire que pour une intensité de choc donnée, il existe une valeur maximale de la déflexion θmax\theta_{max} . Ainsi pour un nombre de Mach M1=3M_{1}=3 , on a θmax=36\theta_{max}=36^{\circ}.

Si on trace le diagramme de vitesse U2U1\frac{U_{2}}{U_{1}} pour un nombre de Mach amont M1M_{1} fixé, dans des axes U2xU1\frac{U_{2x}}{U_{1}}(projection suivant l’axe xx parallèle à U1U_{1}) et U2yU1\frac{U_{2y}}{U_{1}}(projection suivant l’axe yy), on obtient une polaire des vitesses pour le choc oblique.

Remarque: on a Un2Un1=F(M1,β)\frac{U_{n2}}{U_{n1}}=F(M_{1},\beta) d’après (14), et Ut2=Ut1=U1cosβU_{t2}=U_{t1}=U_{1}\cos\beta, d’où l’on déduit par projection suivant les axes OxOx et OyOy les composantes de U2U_{2} : U2xU1=F(M1,β)\frac{U_{2x}}{U_{1}}=F(M_{1},\beta) et U2yU1=G(M1,β)\frac{U_{2y}}{U_{1}}=G(M_{1},\beta) . Pour une valeur fixé de M1M_{1}, on en déduit donc pour chaque valeur de β\beta (angle du choc) les composantes de la vitesse avale U2U_{2}, et donc l’angle de déflexion θ=arctgU2yU2x\theta=arctg\frac{U_{2y}}{U_{2x}}.

polaire des angles pour un choc oblique

Figure 20:polaire des angles pour un choc oblique

Sur cette polaire, on constate que pour un angle de déviation θ\theta donné, il existe 2 solutions:

  1. un choc faible correspondant à la vitesse U2U_{2} la plus grande: la décélération du fluide est dans ce cas la plus faible et l’écoulement reste en général supersonique après le choc. C’est la configuration que l’on rencontre le plus souvent.

  2. un choc fort correspondant à la vitesse U2U_{2} la plus faible: la décélération du fluide est plus forte et l’écoulement est alors subsonique après le choc.

On note aussi sur le diagramme, l’existence d’une valeur maximale θmax\theta_{max} de la déflexion. Dans le cas où on veut imposer une déflexion de l’écoulement avec une valeur supérieure à θmax\theta_{max}, cela ne peut plus se faire avec un choc oblique faible attaché, mais à travers un choc courbe fort détaché (voir ci dessous).

choc faible attaché et choc fort détaché

Figure 21:choc faible attaché et choc fort détaché

Footnotes
  1. Une erreur dans la première version (inversion des termes signalée par Adrien Robert), a été corrigée.